Depuis le gala de l’Adisq de dimanche dernier, on parle beaucoup d’étiquettes et d’insultes au Québec.

(Pour ceux qui ne le sauraient pas, une bande d’immatures ont profité de la tribune anonyme que sont devenus les réseaux sociaux pour traiter la chanteuse Safia Nolin de tous les noms imaginables.)

On aime ça, poser des étiquettes sur quelqu’un qui ne pense pas comme tout le monde, qui n’agit pas comme tout le monde. Qui est différent.

D’habitude, on voit ça à l’école primaire et au secondaire. Un peu moins quand nous sommes à l’âge adulte.

Sauf depuis l’avènement des réseaux sociaux. Facebook, Twitter et tous les autres nous donnent un courage que nous n’avions pas avant et nous en profitons pour jeter notre fiel sur des personnages publics ou sur notre voisin.

C’est devenu dangereux, ces temps-ci, d’aller à contresens de ce que croit la meute. La contradiction n’est pas à la mode : si tu ne fais pas comme tout le monde, si tu ne penses pas comme tout le monde, crains pas, tout le monde va s’assurer que tu saches que tu n’as pas de maudite allure!

Ayant moi-même été étiqueté beaucoup plus souvent qu’à mon tour, j’ai décidé d’aller au devant des choses et de me coller une étiquette moi-même, avant que quelqu’un d’autre le fasse (car c’est certain que quelqu’un le fera) :

OUI, JE SUIS CHEAP

Si je n’étais pas si cheap, je me ferais faire un t-shirt avec cette phrase écrite en gros, des deux côtés.

Donc, oui, je suis cheap. Je le sais, je l’avoue et je vis très bien avec ça. Je dors très bien la nuit. Probablement mieux que ceux qui me traitent de cheap, d’ailleurs. Eux, ils ne sont pas bien dans leur peau ; c’est la seule chose que je peux trouver pour expliquer les gestes de ceux qui ont autant de temps à perdre à insulter des gens qu’ils ne connaissent pas.

Mais, dans le fond, c’est quoi être cheap?

Si être cheap

Ça veut dire que je m’achète un t-shirt à 5 $ au lieu de celui à 40 $ ou 50 $, parce que c’est juste un morceau de coton, après tout, alors je suis cheap.

Ça veut dire prendre 15 minutes par semaine pour trouver les meilleurs soldes dans les épiceries, parce que je ne veux pas dépenser une fortune pour me nourrir, alors je suis cheap.

Ça veut dire que je ne traîne pas de solde sur ma carte de crédit, parce que je ne veux pas payer d’intérêts, alors je suis cheap.

Ça veut dire de ne pas faire la file devant le Apple Store pour avoir le dernier iPhone, parce que mon vieux Samsung me convient, alors je suis cheap.

Ça veut dire que j’attends que ma télé/auto/système de son/ordi/cellulaire/etc. ne fonctionne vraiment plus avant d’en acheter une nouvelle, parce que je déteste l’obsolescence programmée, alors je suis cheap.

Ça veut dire que je préfère avoir moins de soucis, que je préfère vivre ma vie comme je veux la vivre, que je préfère me payer une fin de semaine à New York, parce que ça vaut plus cher que tout le reste à mes yeux, alors je suis cheap.

Tabarnouche, je suis vraiment cheap!

La vieille histoire

Oui, encore aujourd’hui, c’est tabou de parler d’argent, au Québec. Très tabou.

C’est rempli de préjugés. À cause de notre héritage judéo-chrétien, peut-être. À cause de notre passé de porteux de valises, diront certains. Soit.

Reste que je m’explique mal que la page Facebook de La Voix compte plus d’abonnés que celle du journal Les Affaires.

J’imagine que c’est divertissant, La Voix. Mais avouons que ce n’est pas ça qui va garnir votre REER

On ne veut pas parler d’argent, on n’aime pas ça, ça nous met mal à l’aise.

Connaissez-vous beaucoup de gens dans votre entourage qui parlent ouvertement de leur salaire?

Combien de Québécois ne savent même pas combien gagne leur conjointe?

Combien de Québécoises acceptent de travailler pour un salaire qui n’est pas à la hauteur de leur talent et de leurs habiletés?

Pourquoi est-ce que les Québécois et les Québécois acceptent que les politiciens ajoutent constamment à leur fardeau fiscal?

Parce que l’argent, c’est pas vraiment important pour nous? Après tout, on n’est pas à l’argent, nous autres. On n’est tellement pas à l’argent que nos enfants n’apprennent même pas comment gérer leur argent, à l’école…

Métro, boulot, dodo

Pourtant, on se lève à tous les matins, cinq, six ou même sept fois par semaine, et on passe 2 heures dans le trafic pour aller s’asseoir avec des gens qu’on déteste pour faire un travail qui nous fait ch…

Pourtant, chaque fin de semaine, les stationnements des centres d’achats sont remplis à craquer. Oubliez le hockey : notre sport national, c’est le magasinage!

On dépense, on s’endette, on dépense, on s’endette encore plus.

Pourquoi? Me semblait qu’on n’était pas à l’argent?

Parce que si on ne dépense pas, notre voisin/collègue/beau-frère va penser et dire qu’on est cheap. (Voir Pour qui dépensez-vous?)

Pis nous autres, on n’aime pas ça, se faire traiter de cheap.

Ça fait que viens-t’en, y donnent 50 mois pour payer chez Brault et Martineau!

Ça fait quoi?

Mais, soyons bien honnête : qu’est-ce que ça change que votre beau-frère dise que vous êtes cheap?

Est-ce que c’est votre beau-frère qui paie votre hypothèque? Est-ce que c’est lui qui va vous donner 2 000 $ par mois à votre retraite?

Celui ou celle qui vous collera cette étiquette au front n’a rien compris. Laissez-le dans sa grande noirceur et poursuivez votre chemin. Sans regarder en arrière. Ne perdez même pas une seconde à répliquer. Gardez les yeux rivés sur votre objectif et ne laissez rien vous empêcher de l’atteindre.

Surtout pas les paroles indignes de quelqu’un qui n’a pas vraiment de valeur à vos yeux.

La vie n’est pas faite pour être une succession d’achats de iPhones, de Mercedes, de sacoches Louis Vuitton… Votre vie ne devrait pas se limiter à travailler pour acheter, travailler pour payer, travailler pour acheter…

C’est assez court, la vie, ce serait bête de la gaspiller au Centre Eaton…

Tenez, ça me fait penser à cette anecdote racontée par John Lennon :

À l’école, on m’a demandé ce que je voulais être quand je serais grand. J’ai répondu que je voulais être heureux. On m’a dit que je n’avais pas compris la question. Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas compris la vie.

Grand sage, va.

Je vous laisse là-dessus.

Le Cheap